Entreprendre, c'est manquer de temps pour tout faire
Quand vous entreprenez, vous avez un problème assez simple : vous ne pouvez pas être partout.
Il faut trouver des clients, leur répondre, produire ce que vous leur avez vendu, gérer les factures, suivre votre trésorerie, communiquer sur votre activité... Et si vous avez encore un peu de temps, vous pouvez éventuellement réfléchir à la manière de développer votre entreprise.
Évidemment, vous pouvez déléguer. Mais encore faut-il en avoir les moyens. Quand on démarre seul, chaque prestation extérieure représente une dépense supplémentaire. Et même lorsqu'on dispose d'une équipe, les ressources ne sont jamais illimitées.
C'est précisément là que l'intelligence artificielle devient intéressante.
Besoin de préparer une proposition commerciale ? Elle peut vous aider à structurer votre offre. Vous avez un fichier Excel incompréhensible ? Elle peut vous accompagner dans son analyse. Vous voulez développer une petite fonctionnalité sur votre site, comprendre un sujet technique ou automatiser une tâche répétitive ? Elle peut vous aider à avancer sans repartir systématiquement de zéro.
Et je ne parle pas simplement de lui demander de rédiger trois e-mails à votre place.
L'IA vous permet de faire des choses que vous n'auriez peut-être même pas envisagé de faire seul.
Vous ne savez pas programmer ? Vous pouvez désormais créer de petites automatisations en vous faisant accompagner. Vous ne maîtrisez pas Excel ? Vous pouvez construire des tableaux de bord sans passer des heures à chercher la bonne formule. Vous découvrez un secteur d'activité ? Vous pouvez explorer ses mécanismes, confronter vos hypothèses et identifier les questions que vous devriez vous poser.
Bien sûr, tout ça demande un minimum d'apprentissage. Mais vous n'avez plus besoin de devenir expert dans chaque domaine avant de commencer à produire quelque chose d'utile.
Pour un indépendant, c'est une sacrée différence.
L'IA peut démultiplier votre productivité. Et ce n'est que le début.
Personnellement, sur certaines tâches, j'ai vraiment l'impression que l'IA me permet de travailler quatre ou cinq fois plus vite. Parfois davantage.
Un problème technique qui m'aurait demandé une soirée entière peut parfois être résolu en quelques échanges. Une idée encore floue peut devenir un projet structuré en quelques minutes. Et lorsque je découvre un sujet que je ne maîtrise pas, je peux avancer beaucoup plus rapidement qu'en multipliant les recherches dans mon coin.
Est-ce que ça signifie que l'IA multiplie systématiquement ma productivité par cinq ? Évidemment que non. Il y a des tâches sur lesquelles elle m'apporte peu, et d'autres où je passe davantage de temps à corriger ses erreurs qu'à profiter de ses réponses.
Mais quand elle fonctionne bien, le gain est considérable.
Et surtout, ce n'est pas seulement une question de vitesse.
Imaginez que vous ayez une idée pour améliorer votre activité. Avant, il fallait peut-être trouver un développeur, payer un prestataire ou consacrer plusieurs semaines à apprendre une compétence. Aujourd'hui, vous pouvez parfois réaliser vous-même une première version, la tester et voir si elle mérite d'aller plus loin.
Vous pouvez expérimenter davantage, à moindre coût, sans devoir systématiquement mobiliser quelqu'un d'autre.
L'IA ne vous donne pas seulement du temps supplémentaire. Elle élargit votre champ des possibles.
Et pour un entrepreneur qui cherche à construire quelque chose avec des moyens limités, c'est un avantage difficile à ignorer.
Vous trouvez l'IA stupide ? Vos concurrents vous remercient.
Il y a encore des gens pour qui l'intelligence artificielle se résume à un chatbot qui hallucine, raconte des conneries et invente des références. Et ceux qui l'utilisent seraient des idiots incapables de réfléchir sans demander l'avis d'une machine.
Bon. Laissez-les penser ce qu'ils veulent.
Je peux comprendre qu'on soit méfiant. L'IA peut se tromper, parfois de manière spectaculaire. Et les premières expériences avec les modèles génératifs ont laissé quelques souvenirs assez mémorables.
Mais réduire toute cette technologie à ses erreurs, c'est passer complètement à côté de ce qu'elle permet de faire.
Un entrepreneur qui refuse l'IA par principe peut parfaitement continuer à travailler comme avant. Personne ne l'en empêche. Mais son choix ne s'impose pas à ses concurrents.
Pendant qu'il passe plusieurs heures à préparer un document, un concurrent peut utiliser l'IA pour en produire une première version, la corriger et passer à autre chose. Pendant qu'il cherche comment résoudre un problème technique, un autre peut se faire accompagner dans sa résolution.
Et pendant qu'il explique que ChatGPT est un gadget pour les gens qui ne savent plus réfléchir, d'autres expérimentent, apprennent à formuler leurs demandes, identifient les tâches qui méritent d'être automatisées et intègrent progressivement ces outils à leur activité.
Évidemment, utiliser l'IA ne garantit pas de devenir plus compétitif. Encore faut-il savoir en faire quelque chose d'utile.
Mais franchement, refuser d'explorer un outil capable de réduire certains coûts, d'accélérer votre travail et de vous rendre plus autonome simplement parce qu'il vous fait peur, je trouve ça complètement absurde.
Vous n'êtes pas obligé d'aimer l'intelligence artificielle. Vous avez en revanche tout intérêt à comprendre ce qu'elle peut apporter à votre activité.
Le problème, ce n'est pas l'IA. C'est ce que vous en faites.
Maintenant, il ne faudrait pas tomber dans l'excès inverse.
Parce que oui, l'IA peut raconter des conneries. Et pas seulement sur des sujets obscurs. Elle peut se tromper dans un calcul, inventer une source, mal interpréter un document ou vous proposer une solution complètement inadaptée à votre situation.
Elle peut aussi être extrêmement convaincante lorsqu'elle a tort. C'est probablement l'un de ses défauts les plus dangereux.
Une réponse bien structurée, rédigée dans un français impeccable et présentée avec beaucoup d'assurance n'est pas nécessairement une bonne réponse.
Mais est-ce une raison pour se priver de l'outil ?
Quand vous utilisez un GPS, vous ne foncez pas dans un mur parce qu'il vous indique de tourner à droite. Quand Excel vous sort un résultat aberrant, vous vérifiez votre formule. Et quand un prestataire vous propose une solution qui ne tient pas debout, vous êtes parfaitement capable de lui dire non.
Pourquoi faudrait-il adopter une attitude différente avec l'IA ?
Si vous lui demandez de préparer une analyse financière, vérifiez les chiffres. Si elle vous explique une règle fiscale, contrôlez les textes et leur date d'application. Si elle vous propose une stratégie commerciale, confrontez-la à ce que vous connaissez de vos clients.
Vous pouvez aussi lui demander de justifier son raisonnement, de présenter des objections, d'explorer une autre approche ou de reconnaître ce qu'elle ne sait pas.
Et lorsqu'elle vous propose quelque chose qui vous semble complètement idiot, vous pouvez aussi lui dire que c'est complètement idiot.
L'objectif n'est pas d'obtenir une réponse à laquelle obéir. C'est de disposer d'un outil supplémentaire pour travailler et réfléchir.
Déléguez le travail. Pas votre jugement.
Il y a une différence fondamentale entre déléguer une tâche et déléguer son jugement.
Demander à une IA de synthétiser un document, de préparer un brouillon ou de vous aider à programmer une automatisation, c'est utiliser un outil. Lui demander de décider systématiquement à votre place, c'est autre chose.
Une IA peut vous suggérer de revoir vos prix, de changer votre positionnement ou de développer un nouveau produit. Elle peut vous présenter des arguments parfaitement rationnels pour défendre sa proposition.
Mais elle ne connaît pas nécessairement toutes les dimensions de votre entreprise. Elle ne possède pas votre expérience, votre relation avec vos clients, vos ambitions personnelles ou votre intuition.
Et surtout, elle ne supportera pas les conséquences de vos décisions.
Si vous prenez une mauvaise décision commerciale parce que ChatGPT vous l'a suggérée, ce n'est pas ChatGPT qui perdra le client. C'est vous.
Il serait donc assez paradoxal de chercher à devenir plus autonome grâce à l'intelligence artificielle pour finir par dépendre de ses réponses au moindre problème.
Je préfère voir l'IA comme un collaborateur extrêmement rapide, disponible à toute heure, capable de travailler sur une multitude de sujets, mais dont il faut contrôler le travail.
Vous pouvez lui confier des recherches, lui demander des idées, confronter vos raisonnements aux siens et lui déléguer une partie de votre production. Mais vous devez conserver la capacité de dire non.
Et si vous n'êtes plus capable d'expliquer pourquoi vous avez pris une décision autrement que par « c'est ce que ChatGPT m'a conseillé », il y a peut-être un problème.
À mes yeux, c'est précisément là que se joue la différence entre un entrepreneur qui maîtrise ses outils et un entrepreneur qui en devient dépendant.
Apprenez à utiliser l'IA. Et continuez à penser par vous-même.
Je suis convaincu que l'intelligence artificielle représente une opportunité formidable pour les entrepreneurs. Elle permet de gagner du temps, d'accéder à de nouvelles compétences et de développer son activité avec des ressources limitées.
Et je trouve franchement dommage de voir des gens s'en priver par peur, par mépris ou simplement parce qu'ils ont décidé que cette technologie était réservée aux imbéciles.
Alors expérimentez. Testez différents usages. Cherchez ce qui fonctionne dans votre métier et abandonnez ce qui ne vous apporte rien. Vous n'avez pas besoin de transformer votre entreprise en laboratoire technologique pour profiter de l'IA.
Et si certains préfèrent continuer à expliquer que cette technologie est un gadget pour idiots, grand bien leur fasse.
De votre côté, gardez votre esprit critique, votre intuition et votre capacité à décider.
Utilisez l'IA pour gagner du temps. Pas pour arrêter de penser.